Juin 2005, par ,
La détermination au niveau cantonal est ferme : le principe de l’application des principes de la déclaration de Bologne à l’Université de Genève figure dans la loi sur l’Université et est en vigueur depuis le 20 octobre 2004. Il n’est pas prévu d’exception pour la médecine ! Il est vrai qu’en Suisse (comme ailleurs, voir l’article de T. Lehmann), les études de médecine restent considérées comme un cas à part : régies par la loi sur les professions médicales et des ordonnances fédérales, elle apparaissent comme « un tout » cohérent. Néanmoins, selon les directives de la CUS (Conférence Universitaire Suisse) et après décision de la CRUS (Conférence des Recteurs des Universités Suisses), les études de médecine en Suisse devront être réorganisées selon le système 3+2 : un baccalauréat universitaire (en anglais bachelor) suivi d’une maîtrise universitaire (master). La Commission interfacultés médicales suisses (CIMS), qui regroupe les doyens et les vice-doyens responsables de l’enseignement des cinq facultés ainsi que des délégués de nombreuses organisations participant ou s’intéressant de près aux études de médecine, a récemment planché sur une stratégie commune concernant Bologne. Suite à une première recommandation de la CIMS (voir article de H. Kaiser) un groupe de travail a été mis en place à Genève. Il a pour mission de proposer une solution adaptée à la situation genevoise, tout en restant en harmonie avec les solutions en préparation dans les autres Facultés de médecine suisses et avec ce qui est en place ou va l’être ailleurs en Europe. Lourd programme ! En l’absence, pour le moment, de directives et de recettes communes européennes, la Suisse doit travailler sans filet.
Certaines conditions de départ nous semblent devoir être absolument respectées. Il n’est pas question de sacrifier sur l’autel de Bologne les réformes des études récentes et appréciées, introduisant une médicalisation des années pré-cliniques, une exposition rapide des étudiants aux patients et des méthodes pédagogiques innovantes. D’autre part, le catalogue des objectifs d’apprentissage de la formation médicale prégraduée, fruit d’un travail commun important des cinq Facultés et de la profession, restera le référentiel de base.
En termes de contenu, de forme et d’organisation dans le temps, les études à Genève ne devraient pas être remaniées de fond en comble. Une solution pragmatique pourrait être un simple découpage après la troisième année (bachelor) et après la cinquième (master). Cette solution ne sera pas si simple à appliquer dans d’autres Facultés suisses, vu l’organisation différente de leurs plans d’études. Notons qu’une sixième année devra être ajoutée pour des raisons d’exigences européennes concernant la durée des études. Ce sera l’actuelle année à options (voir Information/Med de mars 2005). Le master plus cette année à option donneront le droit de se présenter à l’examen fédéral final afin d’obtenir le titre de médecin.
Pour le moment, nous étudions à Genève la possibilité de développer deux filières en plus de la filière médicale (« physician track »), qui sera certainement choisie par une majorité des étudiants. Il s’agit d’une filière MD-PhD, pour les étudiants ayant une vocation de recherche, et d’une filière en santé publique, permettant l’obtention d’un MD-MPH. La filière MD-PhD viserait à raccourcir la durée des études pour l’obtention d’un MD-PhD en rendant une partie des études de médecine optionnelle (ce qui revient à réduire la liste des objectifs obligatoires) et en intégrant à la place des activités de recherche et des modules d’enseignement spécifiques. Cela permettrait aux étudiants à forte vocation de recherche clinique ou fondamentale de ne plus être désavantagés, par rapport aux étudiants d’autres pays, par une durée totale des études notablement plus importante pour l’obtention du MD-PhD. L’étudiant MD-PhD pourrait, par exemple, faire l’impasse sur certains AMC (Apprentissages en Milieu Clinique, voir (Information/Med juillet 2003). L’année à choix serait ensuite entièrement consacrée à la voie PhD, permettant l’obtention d’un doctorat et l’accès au marché du travail beaucoup plus tôt.
Quelle sera l’utilité du titre de baccalauréat universitaire ? Il permettra de continuer les études de médecine, à Genève ou ailleurs, de choisir une autre filière d’études comme par exemple le master en protéomique et bio-informatique des Facultés de médecine et de sciences, ou d’entrer sur le marché du travail, par exemple dans le secteur pharmaceutique privé où un certain intérêt existe pour des personnes ayant une formation de base en sciences biomédicales.
En ce qui concerne l’acceptation d’étudiants venant d’ailleurs avec un baccalauréat universitaire en médecine, selon les principes de la déclaration de Bologne nous devrons les accepter pour des études au niveau du master, sous réserve de la capacité d’accueil en clinique.
Globalement, il semble que l’application des principes de la déclaration de Bologne permettra d’ouvrir les études de médecine et de les adapter aux besoins d’une société et d’un marché du travail en mouvement. Le défi est d’arriver à introduire cette souplesse sans mettre en péril la qualité de la formation de nos futurs médecins, qui restera la raison d’être principale d’une Faculté de médecine.
Modèle simple, revu par le Prof. C.R. Bader.