Actualités Média

30.12.2016
La division asymétrique de certaines bactéries enfin comprise

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©Laboratoire Viollier – UNIGE. La microscopie en fluorescence à super résolution montre la protéine bipolaire ZitP (coloré en jaune) dans les cellules de Caulobacter crescentus

Chez les α-proteobactéries, un module conservé de deux protéines régissent ensemble la polarisation cellulaire et la division asymétrique.
Certaines cellules, comme les cellules souches par exemple, se divisent de manière asymétrique, permettant ainsi à leurs cellules-filles de remplir des fonctions différentes. Mais comment se déroule la division asymétrique ? Quels sont les mécanismes cellulaires à l’œuvre ? En étudiant la bactérie aquatique Caulobacter crescentus, l’équipe de Patrick Viollier, professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE), décrypte le rôle joué par une protéine nouvellement identifiée, ZitP, qui est capable de former différentes nanostructures en fonction du pôle où elle se situe, participant ainsi à la polarisation cellulaire nécessaire à une division asymétrique. Leurs résultats, à lire dans deux articles de la revue Elife, montrent de plus que ce mécanisme de polarisation existe également chez les rickettsies, des bactéries pathogènes intracellulaires obligatoires. Cette découverte permet d’obtenir des résultats préliminaires sur la polarisation de ces mystérieuses bactéries et potentiellement d’envisager un nouveau moyen de lutte contre ces bactéries.


Les scientifiques savent déjà que la division asymétrique est fortement liée à la polarisation des cellules concernées. La diversité cellulaire est en effet générée par l’action de protéines régulatrices situées aux pôles de la cellule. Celles situées à un pôle sont héritées par une cellule-fille, alors que celles à l’autre pôle le sont par l’autre cellule-fille. L’asymétrie cellulaire est donc intrinsèquement liée à la polarisation cellulaire. Afin d’étudier les déterminants de la polarisation cellulaire et d’identifier les protéines qui jouent un rôle dans cette différenciation de polarité, et qui par là-même en contrôlent la régulation, Patrick Viollier et son équipe se sont concentrés sur une bactérie modèle, Caulobacter crescentus, ayant des manifestations particulièrement visibles de cette polarisation. Cette bactérie a en effet la particularité de se diviser de manière asymétrique pour donner naissance à deux cellules-filles très différentes l’une de l’autre: la première est équipée d’un flagelle lui permettant de nager et d’explorer son environnement mais est incapable de se diviser, tandis que la seconde n’est pas motile mais peut continuellement se diviser.

Une protéine, deux fonctions
Avant d’effectuer sa division asymétrique, Caulobacter crescentus doit accumuler différents jeux de protéines à chaque pôle de la cellule. ZitP, une protéine polaire que l’équipe du professeur Viollier vient d’identifier chez Caulobacter crescentus, est impliquée dans le développement d’un appendice spécifique (pilus) à la cellule à flagelle, qui ne se retrouve pas dans l’autre cellule-fille. «Mais nous avons eu la surprise de découvrir cette protéine aux deux pôles, et non à un seul comme nous nous y attendions. Cette protéine est donc capable d’endosser deux fonctions distinctes, selon le pôle,» indique Patrick Viollier. Les scientifiques genevois ont compris pourquoi : ZitP forme des nanostructures à chaque pôle lui permettant de spécialiser sa fonction et de changer notamment ses interactions protéiques. «Grâce à des techniques d’imagerie par fluorescence, nous avons ainsi pu observer que la même protéine organise plusieurs structures, et s’exprime donc différemment selon le type de cellule-fille concerné et selon sa position sur la surface de la cellule. Les protéines parviennent, d’une certaine manière, à savoir, selon leur position, quelles fonctions elles doivent assurer», explique Mathieu Bergé, premier auteur de ces travaux. A un pôle, ZitP va jouer le rôle d’un facteur de polarité permettant la mise en place d’une organelle (pilus), tandis qu’à l’autre pôle, ZitP va s’associer PopZ, une protéine clé pour l’établissement de la polarité cellulaire chez les α-protéobactéries, afin de contrôler sa localisation au cours du cycle cellulaire.

Un système polarisé identique dans d’autres bactéries
En utilisant ces deux protéines ZitP et PopZ, l’équipe du professeur Viollier est parvenu à reproduire le système de polarisation identifié chez C. crenscentus dans un système hétérologue - E. coli - qui est normalement non polarisé, prouvant ainsi que ces deux protéines combinées constituent le système minimal de polarisation. De plus, les microbiologistes ont montré que ce système de polarisation minimum est aussi présent et fonctionnel chez des rickettsies, une bactérie pathogène intracellulaire obligatoire - autrement dit qui ne peut vivre et se diviser qu’à l’intérieur d’une cellule eucaryote - à l’origine de bon nombre de maladies. En comprenant les déterminants moléculaires nécessaires à l’établissement de ce système de polarité minimal, ils ont aussi découvert comment le désactiver et interrompre le cycle cellulaire, ce qui permet d’imaginer de nouvelles stratégies de lutte contre ces bactéries et les dangers qu’elles représentent. «Nous avons établis une preuve de principe», conclut Patrick Viollier. «Nous devons maintenant chercher à comprendre comment ces deux protéines combinées parviennent à détecter les pôles cellulaires, et établir comment exploiter ces mécanismes contre des bactéries pathogènes».

Contact: Patrick.Viollier@unige.ch , +41 22 379 41 75

Référence:
http://dx.doi.org/10.7554/eLife.18647
http://dx.doi.org/10.7554/eLife.20640
Posté par: Mandofia

12.12.2016
Prix Théodore Ott 2017: Christian Lüscher distingué

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Le Prix Théodore Ott 2017 est attribué à Christian Lüscher, professeur au Département des neurosciences fondamentales de la Faculté de médecine de l'Université de Genève, et à Andrea Volterra, professeur à l'Université de Lausanne. Christian Lüscher étudie les altérations des circuits cérébraux causées par les drogues et développe des approches pour les normaliser. Andrea Volterra explore le rôle central, longtemps ignoré, des astrocytes sur la transmission synaptique. Les deux scientifiques sont reconnus sur le plan international
pour l'importance de leurs travaux.


Christian Lüscher est l'un des spécialistes mondiaux de la plasticité synaptique. Son laboratoire étudie les mécanismes moléculaires responsables des altérations du cerveau et des modifications du comportement dans le contexte de l'addiction. Ses travaux expérimentaux ayant permis de neutraliser in vivo les modifications pathologiques causées par la dépendance aux drogues dans le cerveau de souris ont été particulièrement remarqués. A long terme, cette découverte pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements pour les patients souffrant d'addictions.

Le Prix, décerné en règle générale tous les cinq ans par l'Association suisse des sciences médicales, remonte au médecin Théodore Ott (1909 – 1991), Professeur en neurologie à Lausanne. Conformément aux volontés du donateur, le Prix est remis à des chercheurs établis ayant accompli un travail particulièrement remarquable dans le domaine de la recherche fondamentale en neurosciences.

Informations complémentaires
Posté par: Victoria Monti

18.11.2016
Toutes les thromboses veineuses profondes distales ne devraient pas être traitées par anticoagulants

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Parmi les différentes formes de maladie thromboembolique, la thrombose veineuse profonde est fréquente. Elle est due à la formation d’un caillot dans le réseau veineux profond des membres inférieurs. Les thromboses veineuse profondes proximales, c’est-à-dire celles située au niveau de la veine poplitée et au-dessus, bénéficient d’une anticoagulation thérapeutique d’au moins trois mois. Les patients présentant des thromboses veineuses profondes dites distales, c’est-à-dire touchant les veines en-dessous de la veine poplitée, reçoivent aussi le plus souvent un traitement anticoagulant à dose thérapeutique. Cependant, les preuves de l’efficacité et de la sécurité de l’anticoagulation en cas de thrombose distale sont inexistantes. Sous la direction de Marc Righini, professeur à la Faculté de médecine de l’UNIGE et chef du service d’angiologie et hémostase des HUG, une équipe de chercheurs suisses, français et canadiens ont voulu savoir si, réellement, le traitement par anticoagulation des patients souffrant d’une forme de thrombose veineuse profonde distale présentait plus d’avantages que d’inconvénients.

Leur étude, un essai randomisé en double aveugle contrôlé par placebo, menée dans 23 centres médicaux en Suisse, en France et au Canada, a concerné 259 patients ambulatoires à bas risque (sans cancer actif ou maladie thromboembolique préexistante) présentant pour la première fois une thrombose veineuse profonde distale. La moitié d’entre eux a reçu une dose journalière d’héparine de faible poids moléculaire pendant 6 semaines, alors que l’autre moitié – le groupe contrôle – a reçu un placébo. En parallèle, les deux groupes ont porté des bas de compression, et ont été suivis pendant 90 jours.

«Nos résultats sont clairs,» explique Marc Righini. «Chez nos patients, l’héparine ne s’est pas révélée plus efficace que le placebo pour réduire le risque d’événements thromboemboliques veineux. Par contre, elle est associée à un risque significativement plus élevé de saignement.» Cette étude remet donc en question la prescription systématique d’anticoagulants en cas de thrombose veineuse profonde distale. L’utilisation seule de bas de compression et une surveillance échographique paraissent constituer un traitement approprié, tant pour la santé des individus concernés qu’en termes de santé publique. La question de l’utilisation des anticoagulants chez les patients à haut risque (patients hospitalisés, personnes souffrant de cancer, et patients ayant déjà souffert d’antécédents thromboemboliques veineux) doit, quant à elle, être encore examinée. Des résultats à lire dans le Lancet Haematology.

Contact: Marc.Righini@hcuge.ch, +41 22 372 92 92
Référence: Lancet Haematology. http://dx.doi.org/10.1016/S2352-3026(16)30131-4


Illustration: Istock
Posté par: Mandofia

Pour combattre le staphylocoque doré, deux antibiotiques valent mieux qu’un

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Depuis la découverte de la pénicilline en 1928, les antibiotiques sont couramment utilisés pour prévenir ou traiter les infections causées par des bactéries pathogènes. Mais leur utilisation massive et déraisonnée en médecine humaine, comme en médecine animale et en agriculture, a eu pour effet de rendre de nombreuses bactéries résistantes, et les antibiotiques inefficaces. La progression inexorable des résistances antimicrobienne et l’absence de traitements alternatifs constituent aujourd’hui, selon l’OMS, l’une des plus graves menaces pesant sur la santé publique mondiale. Dans ce contexte, l’Université de Genève (UNIGE) mène plusieurs axes de recherche dans le but de mieux comprendre le fonctionnement des bactéries et d’identifier de nouvelles manières de les neutraliser. Ainsi, à la Faculté de médecine de l’UNIGE, des microbiologistes ont découvert de quelle manière la synergie qui existe entre deux antibiotiques utilisés pour soigner les infections dues au staphylocoque doré renforce de manière importante leur pouvoir antibactérien. Des travaux à découvrir dans Antimicrobial Agents and Chemotherapies, un journal publié par la Société américaine de microbiologie.

Des maladies infectieuses, comme la tuberculose ou la pneumonie, sont actuellement extrêmement difficiles à traiter et les cas de bactéries multirésistantes se multiplient. Ainsi, le staphylocoque doré résistant à la méthiciline (MRSA) fait partie des bactéries pathogènes les plus difficiles à maîtriser à cause de sa résistance à presque tous les antibiotiques disponibles. A l’origine d’une grande variété d’infections et d’intoxications alimentaires, le staphylocoque doré peut être mortel. Il est particulièrement redouté en milieu hospitalier, où il peut se révéler particulièrement tenace. Il est donc essentiel de découvrir d’autres stratégies efficaces de contrôle de cette bactérie particulièrement dangereuse mais malheureusement courante. Les Drs William Kelley et Adriana Renzoni, microbiologistes à la Faculté de médecine de l’UNIGE et HUG, respectivement, ont peut-être découvert son talon d’Achille. En collaboration avec des équipes aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, ils ont en effet découvert un mécanisme expliquant pourquoi l’administration concomitante de deux antibiotiques, le daptomycine et le β-lactam, parvient à juguler l’infection à MRSA. En effet, quand la bactérie devient résistante à la daptomycine, elle redevient sensible au β-lactam. La combinaison de DAP/β-lactams est donc efficace dans le traitement des infections souches de MRSA. Jusqu’à présent, personne n'avait compris comment cette observation fonctionnait au niveau moléculaire. « Nos observations apportent pour la première fois une explication mécanique de l’effet synergique entre ces deux antibiotiques. En comprenant pourquoi cet effet de balancier fonctionne, notre étude ouvre d’intéressantes perspectives de recherche. Il s’agit maintenant d’étudier comment exploiter ces failles dans le système de résistance bactérien,» indique William Kelley.

Référence
Renzoni A, Kelley WL, Rosato RR, Martinez MP, Roch M, Fatouraei M, Haeusser DP, Margolin W, Fenn S, Turner RD, Foster SJ, Rosato AE. Molecular bases determining daptomycin resistance-mediated re-sensitization to β-lactams ("see-saw effect") in MRSA. Antimicrob Agents Chemother. 2016 Oct 24. pii: AAC.01634-16. [Epub ahead of print])

Contact : William.Kelley@unige.ch, Adriana.Renzoni@hcuge.ch +41 22 379 56 52
Posté par: Victoria Monti

04.11.2016
How do we learn new skills?

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German and Swiss neuroscientists examine brain networks during short-term task learning

“Practice makes perfect” is a common saying. We all have experienced that the initially effortful implementation of novel tasks is becoming rapidly easier and more fluent after only a few repetitions. This works especially efficient when we are guided by explicit instructions. A team of researchers at TU Dresden and at the University of Geneva has now examined the underlying neural processes in a current imaging study. The results of the study are published this week in the prestigious scientific journal “Nature Communications”.

Brain scientists Jonas Richiardi from the University of Geneva Faculty of Medicine, Holger Mohr, Uta Wolfensteller, and Hannes Ruge from the Department of Psychology at Technische Universität Dresden (Germany), in collaboration with colleagues from the USA, examined the neural processes responsible for the automatization of instruction-based tasks. Their research approach embraced the currently popular assumption that mental functions like memory or language do emerge from specific patterns of communication within and between subnetworks of the brain. “Going beyond this basic assumption, we examined whether a rapid reorganization of these communication patterns is possible – specifically during the rapid instruction-based automatization of novel tasks,” explains Jonas Richiardi. Previous studies in this context mainly focused on long-term changes.

The results of this current study suggest that rapid instruction-based task automatization is facilitated by rapidly increasing communication between subnetworks associated with the transformation of visual information into motor responses. At the same time, this is accompanied by a release of network resources initially serving the controlled and attention-demanding implementation of the instructed task – while the so-called default mode network is increasingly decoupled from task-related networks. Together, these findings suggest that rapid instruction-based task automatization is indeed reflected by a rapid system-level reorganization of network communications distributed across the entire brain.

Reference: Mohr H., et al. Integration and segregation of large-scale brain networks during short-term task automatization. Nature Communications 7, Article number: 13217 (2016).
doi:10.1038/ncomms13217

Contact: Jonas.Richiardi@unige.ch


Illustration: Holger Mohr et al. Increasing communication between the cingulo-opercular network and the dorsal attention network (left side), and decoupling of the default mode network from the cingulo-opercular network (right side) during short practice phases.
Posté par: Victoria Monti

L'Institut de santé globale à la COP 22 de Marrakech

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Du 7 au 18 novembre, Marrakech accueillera la 22e conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 22). Le changement climatique est maintenant reconnu comme l'un des facteurs principaux de migrations et de déplacement dans de nombreuses régions du monde. Si, en parallèle, les spécialistes de la santé publique étudient l'impact sanitaire du changement climatique, les trois dimensions que sont le changement climatique, la santé et les migrations n'ont que rarement été liées.

Le 9 novembre, lors de la COP 22 à Marrakech, l'Institut de santé globale de la Faculté de médecine et le Centre Virchow-Villermé proposent un side event sur la question de changement climatique, des migrations et de la santé. Organisé en partenariat avec un consortium assez large d'acteurs académiques et non académiques du domaine, cet événement est soutenu par la commission du Lancet Countdown 2030.

Informations et inscriptions
Posté par: Victoria Monti

01.11.2016
Et si l’origine de la maladie d’Alzheimer se nichait dans l’intestin?

Des équipes du Centre de la mémoire des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), de la Faculté de médecine de l'UNIGE et du Centre national pour la recherche et le traitement d’Alzheimer et des maladies psychiatriques Fatebenefratelli (IRCCS) à Brescia ont révélé de nouveaux éléments essentiels à la compréhension de la maladie d’Alzheimer: ils démontrent l’existence de bactéries pro-inflammatoires dans les intestins de patients souffrants de cette maladie. Cette découverte fondamentale, fait l’objet d’une publication dans la revue scientifique Neurobiology of Aging et relance l’hypothèse déjà formulée pour d’autres maladies cérébrales, comme l’autisme ou les scléroses en plaques, que des microorganismes pourraient être à l’origine de la maladie d’Alzheimer.

La maladie d’Alzheimer est une maladie cérébrale progressive liée aux dépôts, en plaques, de protéines produites par le cerveau. Appelées protéines Tau et Amyloïde, elles s’agrègent, au fil du temps autour et dans les neurones, provoquant un état inflammatoire et finalement leur destruction. Les conséquences de cette neurodégénéréscence sont des pertes de la mémoire, du raisonnement, de la mobilité, puis de l’autonomie du patient, symptômes caractéristiques de la maladie d’Alzheimer.

Interaction entre microbes intestinaux et cerveau
Les recherches du Pr Giovanni Frisoni, Responsable du Centre de la Mémoire des HUG et de la Dresse Anna Cattaneo, Directrice du Laboratoire de Biologie Psychiatrique à l’IRCCS, ont porté sur l’étude de deux populations distinctes: des patients souffrant de la maladie d’Alzheimer avec dépôts d’amyloïde cérébrale, et des personnes sans dépôts d’amyloïde cérébrale, avec ou sans troubles de la mémoire. Les dépôts d’amyloïde cérébrale ont été détectés grâce à une nouvelle technologie d’imagerie de pointe, le PET (tomographie par émission de positron)
par florbétapir.

Ils ont étudié la composition de la flore bactérienne des intestins de ces deux catégories de patients, et en particulier l’abondance des bactéries aux propriétés inflammatoires (Escherichia/Shigella et Pseudomonas aeruginosa) ou antiinflammatoires (Eubacterium rectale, Eubacterium hallii, Faecalibacterium prausnitzii et Bacteroides fragili). Les bactéries stimulant l’inflammation étaient plus abondantes chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer et à l’inverse, les bactéries connues pour leur effet anti-inflammatoire étaient plus nombreuses chez les sujets sans amyloïde cérébrale», confirme le Pr Frisoni. Les analyses sanguines des deux groupes étudiés, démontrent des résultats similaires dans la concentration des protéines inflammatoires et antiinflammatoires (cytokines) dans le sang des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, par opposition à l’autre groupe. En outre, une corrélation étroite s’est confirmée entre l’abondance des bactéries dans les intestins et la concentration sanguine en cytokines. Plus les patients ont de bactéries pro-inflammatoires dans leur intestin et plus leur taux de cytokines inflammatoires sanguin est élevé. A l’inverse, plus les sujets ont de bactéries antiinflammatoires dans leur intestin, et plus basse est la concentration de cytokines.

«A ce stade, ces observations ne permettent pas d’affirmer que la maladie d’Alzheimer est directement causée par la présence de bactéries nuisibles dans les intestins», pondère le Pr Frisoni. «Mais elles indiquent que l’étude de l’interaction entre microbes intestinaux et cerveau est une piste de recherche sérieuse qu’il vaut la peine de poursuivre». Ces constatations surviennent quelques semaines après la publication d’une étude établissant les propriétés antibactériennes de l’amyloïde. Des tests effectués avec des souris atteintes de la maladie d’Alzheimer ont démontré qu’aucune accumulation de protéines amyloïdes n’était constatée dans le cerveau de celles qui avait été élevées en éradiquant les microbes de leur intestin.

Lien vers l’article de Neurobiology of aging

Contact: giovanni.frisoni@hcuge.ch
Posté par: Victoria Monti

31.10.2016
Nouveau traitement contre l'ostéoporose

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Une équipe des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et de l’Université de Genève (UNIGE), dirigée par Serge Ferrari, chef du service des maladies osseuses et professeur au Département de médecine interne des spécialités de la Faculté de médecine, a contribué à une recherche internationale qui a permis de découvrir un nouveau traitement contre l’ostéoporose des femmes ménopausées. Ce traitement révolutionnaire a une double efficacité. D’une part il augmente la formation osseuse et de l’autre il freine la résorption osseuse. L’efficacité est déjà évidente après une année, les résultats de l’étude montrent une réduction des fractures vertébrales de 75% et des fractures cliniques de 36%.

Un traitement biologique révolutionnaire

L’origine de la découverte du traitement réside dans la constatation que des maladies génétiques rares, caractérisées par une masse osseuse élevée et une résistance accrue du squelette aux traumatismes, sont dues à la carence d’une protéine (la sclérostine) qui normalement freine la formation osseuse. Les travaux de laboratoire de l’équipe du Pr Ferrari ont notamment contribué à comprendre comment certains traitements de l’ostéoporose influencent la sclerostine. Le nouveau traitement est constitué d’un anticorps ciblé contre celle-ci, le romosozumab qui combine le frein de la perte osseuse et stimule la formation d’os, deux processus qui faisaient, jusqu’à aujourd’hui, l’objet de traitements distincts.

Cette découverte a fait l’objet d’une récente publication dans le New England Journal of Medicine dont Pr Serge Ferrari est l’un des auteurs. L’étude clinique, sur 7'200 femmes, dont certaines recrutées par le Service des maladies osseuses des HUG, démontre une réduction significative des fractures lors de prise du romosozumab, après un an déjà, ce qui témoigne d’une efficacité d’action très rapide. L’étude a été poursuivie la deuxième année par l’administration d’un autre anticorps, le denosumab, déjà approuvé pour le traitement de l’ostéoporose. Les bénéfices observés durant la première année se sont poursuivis, ce qui démontre, pour la première fois, qu’une stratégie thérapeutique de traitements rapidement consécutifs dans l’ostéoporose permet de maximiser les bénéfices de prévention des fractures. Le romosozumab devrait être enregistré aux Etats Unis à la fin de cette année. En Europe et en Suisse, il faudra toutefois attendre fin 2017 voire 2018.

L'ostéoporose en Suisse
L’ostéoporose est une maladie fragilisante du squelette à progression lente. Elle entraîne une résorption osseuse dans l’ensemble du squelette et modifie la structure des os: ils deviennent poreux, instables et risquent de se fracturer sous l’effet d’une faible sollicitation ou même sans cause identifiable. Rien qu’en Suisse, environ 450'000 personnes de plus de 50 ans, majoritairement des femmes, sont potentiellement atteintes d’ostéoporose, causant près de 75'000 fractures de fragilité par an. Ainsi la probabilité de subir une fracture à la suite d’une ostéoporose à partir de 50 ans s’élève en moyenne à 51% pour les femmes et à 20% pour les hommes. Le traitement moderne de l’ostéoporose associe plusieurs approches thérapeutiques, qui englobent les traitements médicamenteux, la correction des carences alimentaires (calcium, vitamine D) et les mesures visant à préserver la mobilité et à prévenir les chutes. L’objectif du traitement est de ralentir l’évolution de la maladie et de réduire le risque de fractures.

Référence: Felicia Cosman, et al. Romosozumab Treatment in Postmenopausal Women with Osteoporosis. NEJM, September 18, 2016. DOI: 10.1056/NEJMoa1607948

Contact: Serge.Ferrari@hcuge.ch

Posté par: Victoria Monti

03.10.2016
TargetAMD : Un projet européen de thérapie génique pour le traitement de la dégénérescence maculaire lié à l’âge

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La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), une maladie neurodégénérative de la rétine, est une cause majeure de cécité chez les personnes âgées, et constitue une véritable «bombe à retardement» du fait du vieillissement de la population. Le traitement actuel, qui consiste en l’injection mensuelle d'anticorps, est complexe, comporte de nombreux effets secondaires et coûte cher. Le projet TargetAMD, soutenu par le programme de recherche de l’Union européenne, vise, à travers un premier essai clinique, à traiter les patients souffrant de DMLA en une seule séance chirurgicale de 60 minutes.

Un consortium européen réunissant universités, scientifiques et partenaires industriels a développé une nouvelle technologie sûre, basée sur la thérapie génique et accompagnée de réactifs et dispositifs particuliers, pour soigner les personnes souffrant de DMLA exsudative. Des chirurgiens ophtalmiques expérimentés effectueront un essai clinique de phase Ia/IIb, comprenant l'isolement, la modification génétique et l'implantation sous-rétinienne de cellules transgéniques surexprimant le gène PEDF (facteur anti-angiogénique), dans le but de limiter l’apparition de néo-vaisseaux sur la rétine et ainsi de stopper l’évolution de la DMLA chez les patients atteints de la forme exsudative.

Lors du congrès ESGT 2016, qui se tiendra le 19 octobre 2016 à Florence, le consortium TargetAMD dévoilera les derniers résultats de ce projet, et parlera des défis spécifiques à la thérapie cellulaire et génique. L'accent sera mis sur la traduction de protocoles avancés de thérapie génique en progrès cliniques, ainsi que sur les conditions préalables de telles procédures novatrices indispensables afin d’assurer aux patients des techniques médicales de qualité. De plus, des experts du domaine de la thérapie génique discuteront des options qu’elle offre, ainsi que des obstacles.

L’équipe TargetAMD, fera également la démonstration de ses récentes innovations techniques, dont le Cliniporator®, un appareil d’électroporation, et les cuvettes spécialement développées pour le transfert de gènes à un faible nombre de cellules.

Des études in vitro ont montré que l’utilisation du Cliniporator®, des micro-cuvettes ainsi que d’un tampon développés spécialement à cet effet assuraient une distribution efficace du gène PEDF aux cellules épithéliales pigmentées fraîchement isolées. La sécurité de cette thérapie a été validée par un séquençage exhaustif démontrant un profil d’intégration quasiment aléatoire sans préférence d’insertion au niveau d’oncogènes, ainsi que par des essais en agar mou excluant toute tumorigénicité. Des études de biodistribution in vivo ont de plus montré une immobilité des cellules transfectées, et des plasmides au site de transplantation. Enfin, l’efficacité du traitement a été démontrée dans un modèle murin.

Les objectifs du projet TargetAMD sont d’apporter une amélioration significative de la qualité de vie des patients atteints de DMLA en leur fournissant, par l’intermédiaire d’une seule intervention chirurgicale, une amélioration de leur vision à long terme, tout en évitant les injections intra-vitréennes répétées, les effets indésirables associés, ainsi qu’un coût financier et émotionnel élevés. Ce projet reflète le pouvoir synergique de coopération des domaines académiques, cliniques et industriels afin d’ouvrir de nouveaux marchés pour les produits issus de thérapie génique basée sur l’utilisation de transposons et leurs applications cliniques.

Rencontrez le consortium TargetAMD et ses experts en thérapie génique pour discuter des résultats du projet et évaluer le défi exprimé dans « Lost in translation – the longway to bring non-viral gene therapy into clinic », le 19 octobre 2016 à 18 h au Grand Hotel Baglioni, Florence, Italie.

Pour plus d’information : http://www.targetamd.eu/

Contact: Martina.Kropp@unige.ch, tél: +4122 372 46 11
Posté par: Victoria Monti

27.09.2016
Le langage des sens

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La vue, le toucher et l’ouïe sont les fenêtres par lesquelles nous avons accès au monde. Ces canaux sensoriels dirigent un flux incessant d’informations vers le cerveau, qui les trie et les intègre, nous permettant de nous représenter l’univers qui nous entoure et d’interagir avec notre environnement. Mais comment s’assemblent les différentes voies sensorielles au cours du développement? Y a-t-il un point commun entre la structure des voies visuelles, tactiles et auditives, ou au contraire émergent-elles indépendamment, utilisant chacune un langage qui leur est propre? En identifiant un profil d’expression génétique commune à la vue, au toucher et à l’ouïe , des neuroscientifiques de l’Université de Genève (UNIGE) ont découvert une sorte de «lingua franca» sensorielle qui facilite le travail d’interprétation et d’intégration du cerveau. Ces résultats, à lire dans la revue Nature, ouvrent la voie à une meilleure compréhension des troubles de la perception et de la communication.

La capacité à détecter et trier différentes classes de stimuli est essentielle pour nous permettre d’interagir avec les objets et les personnes qui nous entourent. Sans elle, nous ne pourrions communiquer correctement. Ainsi, les déficits que rencontrent les personnes autistes dans les interactions sociales semblent dus en partie à des difficultés à détecter et interpréter les signaux sensoriels. Mais comment fait le cerveau pour interpréter conjointement les stimuli transmis par nos cinq sens ? C’est à cette question qu’ont répondu Denis Jabaudon, professeur à la Faculté de médecine de l’UNIGE, et son équipe. «Nous avons étudié la structure génétique des voies tactiles, visuelles et auditives de la souris», explique Laura Frangeul, première auteure de cette étude. «En observant les gènes exprimés par les neurones de ces différentes voies au cours du développement, nous avons noté qu’il existait des motifs communs, comme un langage génétique sous-jacent qui les réunissait.»

Un langage commun, puis une modulation sur mesure
Les résultats des neuroscientifiques genevois révèlent donc qu’au cours du développement, ces différentes voies sensorielles ont initialement une structure d’expression génétique commune. Celle-ci est ensuite modulée par l’activité des organes des sens concernés. «Ce processus ne prend que quelques jours chez la souris, mais on pense qu’il est modulé pendant de nombreux mois chez l’humain, dont le développement est plus long et très sensible à l’environnement», explique Denis Jabaudon. Cette «lingua franca» génétique permet donc aux différentes voies sensitives de se construire selon une architecture similaire en dépit de fonctions très différentes. C’est ce langage commun qui permet au cerveau d’interpréter correctement les stimuli qui lui parviennent de sources différentes, et ainsi de construire une représentation cohérente de ce qu’ils signifient collectivement.

De continuelles et nécessaires interactions
Partager le même plan de construction explique en outre comment ces voies peuvent se compenser mutuellement, par exemple lorsque le toucher ou l’ouïe se développent au-delà de la normale chez les individus aveugles de naissance. Cette découverte permettrait aussi d’expliquer comment des interférences sensorielles, y compris les syncinésies et les hallucinations, se produisent chez les personnes atteintes de troubles neurodéveloppementaux tels que l’autisme ou la schizophrénie. Denis Jabaudon conclut : «Nos résultats permettent de mieux comprendre comment les circuits qui alimentent notre représentation du monde s’assemblent. On peut maintenant essayer de mettre à profit ces connaissances pour les réparer lorsqu’ils dysfonctionnent.»

Contact : Denis.Jabaudon@unige.ch tél : +41 22 379 53 87

Référence :
Frangeul et al., Nature. A cross-modal genetic framework for the development and plasticity of sensory pathways doi:10.1038/nature19770

Read in English: CdP_Jabaudon_sens_EN.pdf
Posté par: Victoria Monti

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